En France, la filière méthanisation peine

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“Ametyst, l’usine de méthanisation de l’agglomération de Montpellier, devait être un fleuron de la production d’énergie à partir de déchets organiques. Las. Depuis sa mise en service en 2008, elle empile les soucis…”

Source : Midi-Libre – Le 10/11/2013

La production de biogaz, si elle décollait, créerait de milliers d’emplois.

Le biogaz a-t-il un avenir dans l’Hexagone ? La filière française de méthanisation souffre d’une multitude de complications et d’incohérences, pour tenir la promesse de créer des milliers d’emplois et connaître la même réussite qu’en Allemagne.

La méthanisation et son produit, le biogaz, n’ont en effet que des avantages

Tarification insuffisante ou inadaptée, réglementation sanitaire tatillonne, lobbying nucléaire pernicieux, volonté politique douteuse, fiscalité et bureaucratie décourageantes… Au cours des Premières rencontres nationales du biogaz accueillies cette semaine par le conseil régional de Midi-Pyrénées, à Toulouse, les acteurs de la filière ont ainsi évoqué l’ensemble des obstacles auxquels ils se heurtent, tout en manifestant par leur nombre (ils étaient des centaines) et leur discours leur confiance dans l’avenir.
La méthanisation et son produit, le biogaz, n’ont en effet que des avantages. Une unité de méthanisation récupère des matières organiques, les boues d’une station d’épuration, le fumier ou le lisier d’une exploitation agricole, les déchets de cuisine, de fromagerie industrielle ou de collectivité. Elle les transforme en biogaz pouvant servir à chauffer des centaines de logement ou à produire de l’électricité. Ce qui reste (le digestat) fait office d’engrais.

Objectif : dénombrer 1 000 méthaniseurs à la ferme à l’horizon 2020

Produire de l’énergie renouvelable en réduisant la pollution à l’azote et au méthane, se retrouver avec un fertilisant organique substituable aux engrais minéraux dans les champs, contribuer à l’autonomie énergétique des exploitations agricoles et assurer aux agriculteurs un revenu complémentaire dans un contexte de grande fragilité des ressources, créer une nouvelle activité manufacturière en période de déconfiture industrielle : la méthanisation paraît une évidence à laquelle l’Allemagne, avec d’autres réalités énergétiques certes, s’est rendue bien avant la France.
C’est que dans l’Hexagone, le lobby nucléaire a lourdement pesé. Le gouvernement français a donc lancé en mars un plan Énergie Méthanisation Autonomie Azote. Objectif : dénombrer 1 000 méthaniseurs à la ferme à l’horizon 2020. Le plan mobilisera deux milliards d’euros d’investissements et créera environ 2 000 emplois pérennes, selon le gouvernement.
La méthanisation a, c’est vrai, le potentiel pour créer au total près de 16 000 emplois directs et indirects d’ici à 2020, selon une projection du “Club biogaz”.

A Montpellier, mauvais exemple

Ametyst, l’usine de méthanisation de l’agglomération de Montpellier, devait être un fleuron de la production d’énergie à partir de déchets organiques. Las. Depuis sa mise en service en 2008, elle empile les soucis. Les premiers sont venus des riverains qui se sont très vite plaints des mauvaises odeurs émanant de

l’unité.
En 2010, nouvelle vicissitude : un incendie se déclare dans l’usine, obligeant à la faire fonctionner en mode dit “dégradé”. Lors de sa remise en route, près d’un an et demi après, Jean-Pierre Moure, le président de l’Agglomération de Montpellier, avait de fait regretté “qu’Ametyst ait été l’enfant terrible de l’Agglo” : “Nous en ferons un outil de top niveau dans la chaîne de traitement des déchets. Et la transparence sera plus importante”, avait-il ajouté en avril 2012. Mais voilà, en mai, le même Jean-Pierre Moure décida de résilier la convention le liant à Sita, l’exploitant de l’usine, au motif d’un “manque de performance”.

Cette éviction en cours de contrat résultait d’une clause qui imposait au délégataire une certaine capacité de fonctionnement, capacité qui fut réduite en changeant de process.

Pierre BRUYNOOGHE